Francis le gaucher

Charly Chanteur / F. le Gaucher

la couverture de Rolling Stone pour la Voix des Mots
la couverture de Rolling Stone pour la Voix des Mots © Francis Le Gaucher
* À lire avec la voix et l'intonation de Frédéric Mitterrand

Dans les cours de récré déjà, il échange dessins de Rahan, Bruce Lee, Pierre Messmer ou Docteur Justice - entièrement recopiés à la maincontre autocollants, chewingum ou casquettes floquées. Il faut bien vivre...
À cette époque aussi, il bataille dur contre les multiples sévices  d'une institutrice acariâtre qui ne veut rien entendre à sa gauchitude naissante, sous prétexte que ses pages d’écriture ne sont qu’un tas de boue d’encre bleue. Contrariétés...
Plus tard, adolescent nourri de musiques violentes comme savaient en produire Motörhead, ABBA ou Cookie Dingler, il remplit des pages entières de motifs abstraits, de créatures bizarroïdes et de poèmes ésotériques, parfois même en rimes riches (mais pas trop)... Le tout cloîtré dans sa chambre, à mordiller son crayon en attendant sa première mobylette et - éventuellement - un premier smack sur A Whiter Shade Of Pale de Procol Harum. Pas facile...
En 81, profitant de l'ouverture des ondes hertziennes, il propose et anime avec 2 acolytes
l’émission les Roquignols au sein des mythiques studios de la légendaire Radio Tropiques, à Bourg-en-Bresse. C’est dire si le succès arrive trop vite dans la vie de ce jeune provincial... Mais pas longtemps. D’ailleurs, qui se souvient encore aujourd’hui des 3 épisodes de la saga culte des mésaventures du hamster de Brigitte Bardot, passant entre un Too much, too soon des tapageurs New York Dolls et un non moins fougueux Boredom des Buzzcocks ? Qui, parmi les 7 fidèles auditeurs d’alors ?
Puis vient le temps de se servir d'outils plus appropriés à la vie active : banc de repro Agfa Gevaert, planches Letraset, agrafeuse long bras et cutter X-Acto pour élaborer - souvent nuitamment et sur fond de groove James Taylor Quartet - de subtiles maquettes de plaquettes d’entreprises, présentées le matin même aux clients d'agences de pub lyonnaises.Il se nomme alors No Siesta, tire la langue pour s'appliquer et attrape à cette époque d’irrémédiables cernes...
Un soir, tandis qu'il écoute tranquillement un best-of de Lee Scratch Perry & the Upsetters, il devient concepteur-rédacteur stagiaire pour la réclame ! Peu après une poignée de slogans aussi mordants que « Prix lattés sur le bois » ou « Prix dilués au rayon peinture », il endosse la panoplie de DA (directeur artistique). S’ensuit une série de splendides brochures et posters pour Black&decker, de sets de table chatoyants pour Courte-paille, avant qu’il ne décide un beau matin d’honorer des commandes plutôt que d'en passer...
Plus tard, il dira de cette époque charnière que « (...) le démon du dessin était là depuis
toujours, tapi en moi comme une bête fauve prête à bondir, comme si Iggy Pop vivait à l’intérieur de Caroline Loeb ! » Tellement ça dit tout qu’on en a les poils des bras qui se hérissent, pareil que quand t’écoutes très fort Preghero, le Stand by me à la sauce Adriano Celentano. Bon...
Du coup, il se met au labeur pour mettre sa besace en ordre et rejoint subitement Paris pour tenter l’expérience du dessin de presse. Avec comme seul atout un grand souci du détail dans la représentation des nez (de préférence de travers, en raison d’une période cubiste pas totalement digérée) et une parfaite connaissance des oeuvres complètes de Pit &Rik. C’est beaucoup et peu à la fois...
Mais avec The magic number de De La Soul dans la tête. Ça aide. Quelques collaborations avec les plus prestigieux journaux nationaux - dont les Inrockuptibles,
Libération, Télérama, Nova Mag, FHM, J’économise...- et une exposition personnelle à base de cagettes et de toile cirée le propulsent littéralement au sommet des charts, tel un Daft Punk en pleine vague French touch. Et suprême récompense, en 95 il signe 3 dessins dans la page courrier des lecteurs de Que choisir !
Tant d’honneurs n’ayant pas réussi à lui tourner la tête, et après avoir croisé Pierre la Police dans un vernissage, il préfère tirer sa révérence et se retire au calme pour prendre
le temps d’écouter en profondeur les 2 premiers Crystal Stilts.
Aujourd’hui, il vit et travaille à Villeurbanne, entouré de sa femme, de ses enfants et de son chat neurasthénique, n’a toujours pas déniché l’album vinyl Oh ah ! des Stéréo Total, mais au fond ce n’est pas si grave.

Expositions personnelles :
• Chez lez Grecs... (1991)
• No Siesta met la main à la pâte (1996)
• Francis le gaucher fait la une (2010)