propos du metteur en scène

La maison de Bernarda Alba

comme des marionnettes, les comédiennes engoncées dans leurs costumes de marionnettes renforcent la caricature de la société écrite par Garcia lorca
comme des marionnetes

Théâtre d'objets, théâtre du monde

« Le théâtre de marionnettes ou de figures, d'une part bouleverse les échelles et d'autre part ne fait plus de l'homme le pivot de l'espace scénique. Il force ainsi le spectateur à déplacer son regard.

Si, sur une scène, existe un monde dont l'homme n'est plus le centre et dont les proportions ne sont plus celles que nous  connaissons et si ce monde obéit manifestement à une logique véritable, alors notre monde à nous, tel que nous le percevons,
perd son objectivité. Paradoxalement, un théâtre de l'objet met en lumière la subjectivité foncière de notre rapport au réel. Notre intention, dans cette création de La maison de Bernarda Alba, est de fonder un tel monde alternatif, un miroir déformant.
Un théâtre qui renonce à faire de l'humain son centre est aussi, à notre avis, une forme d'art qui rend mieux compte de la réalité contemporaine.

Nous vivons en effet dans un monde de choses. Les objets de tous les jours tendent à s'imposer à nous comme s'ils avaient une légitimité naturelle. Mais ces objets, ce sont des hommes qui les ont créés. Si nous les acceptons tels qu'ils se présentent, alors nous acceptons le monde qui les produit et nous reconnaissons implicitement sa légitimité.
De plus, cet environnement d'objets qui se veut naturel s'est édifié à notre échelle. Il module la perception que nous avons de nous -mêmes, nous faisant croire que la taille et la forme de l'homme est un étalon objectif. »

« Je feuilletais des livres sur la peinture espagnole (Velazquez, Goya...). Les portraits de ces jeunes héritiers de la noblesse  ibérique, habillés comme des adultes, avec toute la lourdeur des costumes d’apparat que leur impose leur rang, m’ impressionnaient.

Ces tableaux me touchaient par le grotesque du décalage entre la richesse excessive du costume et la fragilité  de l’enfant qui le porte. De ces images, d’autres me sont apparues : des poupées  espagnoles aux pommettes rouges et habillées  de robes tziganes - du genre de celles que l’on vend dans les boutiques de souvenir.Tout à coup, l’idée m’est venue de créer des personnages en miniature, tels des êtres adultes emprisonnés dans des corps d'enfants... des êtres bloqués dans leur développement intérieur. […]

Petit à petit, nous nous sommes acheminés vers un univers scénique qui nous semblait constituer un bon cadre pour cette pièce  de Lorca dont les premières oeuvres, justement, furent écrites pour des marionnettes. »